INTERVIEW - Trois questions à Olivia Polski

Interview d'Olivia Polski, Adjointe à la Maire de Paris en charge du commerce, de l’artisanat, des professions libérales et des métiers d’art et mode.

L’édition 2020 de la Base de données sur le commerce (BDCom) réalisée par l’APUR vient de sortir. Quels bilans tirez-vous des évolutions observées ?

Cette huitième édition de l’étude de l’APUR, réalisée en octobre 2020, recense à cette date 61.541 commerces et services commerciaux à Paris. Ce recensement confirme la densité commerciale exceptionnelle de Paris en France, avec 28 commerces pour 1000 habitant.
L’étude de 2020 révèle que les tendances à l’œuvre depuis de nombreuses années se poursuivent. Les magasins bio, le secteur santé-beauté et du bien-être, la réparation de vélos, et la restauration assise sont en progression ; à l’inverse, les magasins d’équipement de la personne (prêt-à-porter, marchands de chaussures, bijouteries…) sont  en recul.
Le nombre de commerces et services commerciaux, qui était stable entre 2014 et 2017, a connu une légère diminution de 1,9 % entre 2017 et 2020.
Le taux de vacance commerciale se situe à 10,5 %. En excluant les locaux en travaux préfigurant la continuité ou la reprise d'une activité commerciale, ce qui représente un local commercial vacant sur cinq, le taux de vacance demeure à un niveau quasi-stable passant de 8,3 % en 2017 à 8,7 % en 2020.

Alors que les commerçants sont durement touchés par la crise, quelles sont les actions mises en œuvre par la Ville de Paris pour les soutenir ?

Dès le début de la crise en mars 2020, au regard des compétences qui lui sont affectées, la Ville de Paris a saisi de manière considérable tous les moyens dont elle dispose pour soutenir le tissu commercial parisien. Après un plan de relance exceptionnel de 200 millions d'euros lancé en mai 2020, la Ville a dévoilé en février 2021 de nouvelles mesures fortes, comme la création à venir d'une foncière commerce.
Le plan de relance, ce sont aussi 3 à 8 mois d'exonérations de loyers qui ont été octroyés pour les commerces du parc locatif des bailleurs municipaux et de la Semaest. Ces exonérations ont bénéficié à plus de 4 500 commerces, représentant une enveloppe de 50 millions d’euros. De plus, celles-ci ont aussi été accompagnées d’une série d’exonérations de droit de voirie, droit de terrasses, redevance pour les déchets non ménagers, redevance d'occupation domaniale pour les commerces sur l'espace public, et droit de place pour les marchés. Là encore, l’effort financier pèse pour près de 50 millions d’euros. La Ville a participé au Fonds résilience Île-de-France et Collectivités pour un montant de 15 millions d'euros, et au Fonds Avenir Soutien au Tourisme (FAST) de la BPI à hauteur de 4 millions d’euros. Des appels à projets ont été déployés pour relancer l'investissement des petits commerces, notamment pour les commerces culturels.
Egalement, nous avons déployé des dispositifs permettant aux commerces parisiens de maintenir une activité malgré les règles sanitaires qui leurs sont imposées, que ce soit avec les terrasses éphémères ou encore avec l’opération Place aux restos permettant aux restaurateurs parisiens d’être présents sur les marchés alimentaires de la capitale.
Enfin, nous avons poussé des campagnes de communication autant en ligne que sur les panneaux municipaux pour encourager l'achat local et le « fabriqué à Paris ». La carte des commerces parisiens mise à disposition depuis le premier confinement sur le site paris.fr connait un beau succès, elle recense aujourd’hui près de 2500 commerces de tout type, proposant pour la plupart de la livraison à domicile ou du retrait en magasin.

Comment imaginez-vous le commerce parisien après la COVID ?

Dès lors que la situation sanitaire le permettra, et comme annoncé par le Gouvernement , les commerces rouvriront par étapes. Il faut s’attendre à une attente forte des Parisiens de retrouver leurs restaurants, leur terrasses - comme ils avaient pu manifester leur attachement auprès de leurs librairies de quartier l’été dernier. Nous imaginons que certaines attitudes de consommation n’auront pas disparu au lendemain de la crise, notamment pour la livraison à domicile ou le « click and collect ». C’est pour cela que nous souhaitons continuer d’accompagner les petits commerçants dans le déploiement d’outils numériques, pour aider à leur référencement et à la mise en contact avec leur clientèle, leur permettant de faire face à la concurrence des géants du e-commerce.
Dans la perspective de la ville du quart d’heure et du développement des mobilités douces que la Ville de Paris porte, le commerce de proximité joue un rôle majeur. Nous pensons que le commerce de demain est celui du commerce de proximité indépendant, que nous continuerons de soutenir.